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Chantelle-la-Vieille (03)

Gérôme BESSON

21 février 2011

reportage FR3 Auvergne (diffusion le 19 juillet 2011) IMG/flv/chantelleFR3.flv

Le site de Chantelle-la-Vieille/Cantilia se situe sur la commune de Monestier au sud du département de l’Allier. Il s’agit d’une agglomération secondaire antique qui tire probablement son origine d’une occupation plus ancienne, datée de la Tène finale. Aux confins des cités arverne et biturige, elle se positionne sur un lieu stratégique en bordure de la Bouble, affluent de la rivière Sioule (Fig 1). Cette rivière prend sa source dans le Puy-de-Dôme à l’ouest du massif des Colettes et contourne ce dernier en suivant de profonds ravins. La rivière débouche alors dans une petite plaine au niveau du lieu-dit l’Hermitage sur la commune de Monestier. Ce bassin marque en quelques sortes la transition entre les Combrailles, les Limagnes bourbonnaises et le Bocage. Cette zone de franchissement aisé a ainsi permis le passage de plusieurs voies antiques.

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Carte de localisation du site de Cantilia (Chantelle-la-Vieille)

Deux sources anciennes mentionnent l’existence de l’agglomération de Chantelle-la-Vieille. La première référence à ce site provient de la Table de Peutinger . Cantilia est mentionnée comme un lieu situé sur la voie antique reliant Augustonemetum à Limonum (Clermont-Ferrand à Poitiers). La seconde est une lettre de Sidoine Apollinaire adressée à Vectius, datée de 470-471, qui évoque l’église de Cantilia. « J’ai visité tout dernièrement l’église de Chantelle à la prière du sénateur Germanicus » (Sidoine Apollinaire, Lettres, livre IV, XIII).

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Extrait de la Table de Peutinger

Suite à la reprise des données archéologiques concernant le site de Chantelle-la-Vieille, une visite sur le terrain en compagnie de H. Delaume – érudit féru d’archéologie et auteur de plusieurs articles sur le passé de la commune de Monestier – nous a permis de réinvestir ce site méconnu. Rares sont les vestiges encore visibles aujourd’hui. De façon récurrente en Bourbonnais, les agglomérations actuelles sont situées aux mêmes emplacements que les habitats groupés antiques. Cette pérennité implique l’inaccessibilité des structures archéologiques, et inéluctablement leur destruction. Jusqu’alors, les vestiges découverts à Chantelle-la-Vieille sont majoritairement des éléments mobiliers, tels que de la céramique, des tuiles, des monnaies, etc.

Malgré cet état de fait, une parcelle située à proximité du gué sur la Bouble semble avoir été épargnée par les constructions qui se sont succédées depuis l’époque romaine .

Des travaux de terrassements ont dû être nécessaires pour construire une maison d’habitation, qui aujourd’hui jouxte le talus qui donne accès à cette parcelle. L’observation attentive de ce talus d’environ 2 m de hauteur, nous a permis de repérer quelques niveaux archéologiques. Contre le pignon de la maison, plusieurs strates d’origine anthropique se superposent. Cette coupe visible sous une haie parcellaire contient deux niveaux d’effondrement, dont l’un peut être daté de l’époque romaine. Nous pouvons y observer des fragments de céramiques et de nombreuses tegulae. A quelques dizaines de mètres, lors de notre visite avec H. Delaume, nous avons également observé une strate composée de matériel exogène et de quelques fragments de céramique antique.

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Localisation du site sur fond topographique (IGN, 1/25 000ème)

Dans le but de confirmer la présence de vestiges antiques et de les caractériser, deux sondages exploratoires ont été effectués en 2009 en concertation avec le Service Régional de l’Archéologie. L’une des tranchées a alors révélé la présence de niveaux alto-médiévaux, ainsi que l’existence d’un mur maçonné de grande dimension. Ces sondages ayant révélé des structures difficilement interprétables du fait de la faible superficie étudiée, nous avons décidé d’effectuer en 2010 une opération archéologique programmée de plus grande ampleur avec la collaboration de l’ARAFA.

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Plan général présentant l’emplacement des deux sondages et les vestiges découverts au sommet du talus.

Débuté le 31 mai 2010, ce chantier avait pour but de caractériser ces niveaux d’occupation. Durant deux mois, une trentaine de fouilleurs - essentiellement des étudiants en archéologie et histoire, issus d’universités françaises et russes - s’est succédée pour récolter tous les indices enfouis depuis le Ier siècle de notre ère. Les analyses post-fouilles des artefacts récoltés sur le site ont permis la mise en évidence de quatre phases distinctes d’occupation s’échelonnant du Ier au VIIIème siècle de notre ère.

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La première phase d’occupation du site concerne le Ier siècle de notre ère. En effet, la plus ancienne structure retrouvée sur le site est un four (F 1001), dont le comblement tibéro-claudien nous invite à considérer une période de production vers le début du Ier siècle. Si pour l’heure, la fonction du four ne peut être affirmée, sa datation probable, ses dimensions ainsi que sa constitution permettent de le comparer au four à chaux de Varennes-sur-Allier découvert en 2005 (Lallemand 2005). Dans un état de conservation étonnant et profondément enfoui, le four apparaît comme un vestige à préserver, et dont l’étude exhaustive permettra sans nul doute d’aborder le début de la période romaine au sein de l’agglomération. De plus, la fouille d’une partie du comblement de cette structure a révélé la présence d’ossements. Prélevés dans des conditions de fouilles difficiles, ils nous ont néanmoins permis d’identifier l’existence d’une inhumation (une dizaine d’ossements humains) accompagnée d’un cheval. Cette découverte au sein de ce contexte nous interpelle, et une fouille attentive menée par des spécialistes pourrait nous permettre de mieux appréhender cette pratique funéraire.

La phase II est caractérisée par l’installation d’un bâtiment, dont la chronologie n’est pas encore assurée (F 1002, 1003, 1005 et 1010). Postérieure à l’abandon du four (époque tibéro-claudienne), l’occupation du bâtiment semble s’interrompre dans le courant du IIIème siècle. Quatre murs ont été repérés, mais sur une surface fouillée d’environ 150 m² aucune pièce ne semble se dessiner. La longueur des murs – avoisinant souvent les 5 à 6 mètres – démontre que nous sommes en présence d’un bâtiment de grande taille, qui semble se développer vers le nord. La présence de nombreux fragments d’enduit peint, de fragments d’hypocauste (essentiellement présents dans des remblais) et de blocs calcaires taillés pourraient témoigner du confort de cette construction.

Immédiatement après l’abandon du bâtiment, un sol (phase IIIa) vient s’installer sur l’arase de deux murs. Ce radier de galets et fragments de TCA n’a pas été fouillé durant cette campagne, mais nos premières observations permettent de rapprocher son installation du début du Bas-Empire. 

Constituant une importante partie du travail effectué en 2010, d’épais remblais ont été mis au jour (phase IIIb). Au sein de matrices limono-sableuses, un matériel abondant a permis de dater ces niveaux de l’Antiquité tardive et du haut Moyen-Âge. Les études du mobilier céramique et des fragments de verre ont montré qu’il existait une importante politique commerciale à l’époque tardo-antique sur le site de Cantilia. En effet, si l’étude céramologique a mis en évidence un nombre non négligeable de céramiques d’importations provenant de l’ouest et du nord de la Gaule romaine, l’étude du verre a également confirmé cette impression, notamment par le nombre important de gobelets et bols à boire. Ces derniers éléments témoignent d’une consommation importante. En gardant à l’esprit que ce mobilier tardo-antique est issu d’épais niveaux de remblais, nous ne pouvons conclure au rôle du site à cette époque. En revanche, cela nous renseigne sur les échanges qui pouvaient avoir lieu dans les environs proches du site, ou plus généralement au sein de l’agglomération de Cantilia. Ces indicateurs qui tendent à nous faire imaginer un lieu fréquenté, avec des témoins d’échanges commerciaux importants et de consommation de boisson, dépeignent le paysage d’un relais ou d’une station routière. Au vu du contexte historique et de la position géographique de l’agglomération au sein d’un réseau routier principal, il n’est pas étonnant de rencontrer de tels marqueurs. En revanche, cela permet d’appréhender une certaine influence économique tournée vers les régions occidentales et septentrionales.

Enfin, repéré en 2009, un des objectifs était de caractériser un niveau de sol composé de galets et de fragments de TCA. D’une surface pouvant être estimée à 65 m², le radier jouait le rôle d’espace de circulation au sein d’un probable bâtiment sur poteaux de bois, comme en témoignent deux structures (F 1006 et TP1). D’autres trous de poteaux ont été mis au jour, mais leur position stratigraphique ne permet pas de tous les mettre en relation. Ces structures témoignent néanmoins d’aménagements successifs de bâtiments sur bois lors du haut Moyen-Âge. En effet, l’étude du mobilier céramique a confirmé une fourchette chronologique située entre le VIIème et le début du VIIIème siècle ap. J.-C. Installé sur les remblais tardifs, un site se développe donc durant la période alto-médiévale (phase IV). Malgré les difficultés de lecture des sols limono-sableux sombres, des trous de poteaux et fosses confirment la présence d’une occupation structurée. Un empierrement semi-circulaire pourrait également appartenir à un foyer domestique (F 1004). Si le rôle exact de ces installations n’a pas été clairement défini, la fouille de ces niveaux a engendré une collecte importante de mobilier céramique, fournissant de nouveaux ensembles de référence pour cette période.

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Photographie présentant le mur F 1010, ainsi que le four F 1001 et le mur F 1003 en arrière-plan.

A la fin de la campagne de fouille, l’équipe a pu accueillir durant deux demi-journées – les samedi 24 et 31 juillet 2010 – un public composé de locaux et de touristes. Ainsi, une centaine de personnes a pu découvrir le travail des archéologues sur ce site encore méconnu. Le 30 juillet 2010, une visite officielle a rassemblé une trentaine de personnes. A cette occasion, les membres de l’ARAFA ont invité les différents partenaires financiers que sont la DRAC Auvergne (Service Régional de l’Archéologie), le Conseil Régional et le Conseil Général du département de l’Allier. Cette « porte ouverte » s’est également déroulée en présence des maires de Monestier, Bellenaves et Chantelle, ainsi que des membres d’associations locales. Par la suite, la presse s’est fait écho de ces « portes ouvertes » par le biais d’un article dans La Montagne (datée du 21 août 2010).

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Visite officielle du 30 juillet 2010

De nombreuses questions restent en suspens, et une prochaine campagne de fouilles pourrait nous permettre d’aborder les niveaux les plus anciens du site. La fouille complète du four nécessitera préalablement le démontage d’un niveau de sol et d’un mur, afin de se ménager un espace suffisant pour atteindre le niveau contenant l’inhumation. L’exploration de ces couches devra être réalisée avec la collaboration sur place d’un archéozoologue et d’un anthropologue, afin d’appréhender toutes les caractéristiques de ce dépôt particulier. Enfin, les niveaux de remblais ayant été retirés sur une surface importante, la fouille des niveaux sous-jacents pourrait nous donner la possibilité d’atteindre les strates en relation avec la construction du bâtiment antique.

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